Le lifting cervico-facial sous neuroleptanalgésie : une alternative à l'anesthésie générale
Romain WOLMER
Le visage porte naturellement les marques du temps. Avec les années, l'ovale devient moins net, les bajoues apparaissent et le relâchement cutané et musculaire du cou s'accentue. Lorsque ces modifications deviennent importantes, le lifting cervico-facial reste l'une des interventions de référence pour repositionner durablement les tissus du visage et du cou.
Cette intervention est encore très fréquemment réalisée sous anesthésie générale. Il existe pourtant une autre possibilité : réaliser un véritable lifting cervico-facial sous anesthésie locale associée à une sédation intraveineuse, ou neuroleptanalgésie. Cette approche, encore peu documentée en France pour les liftings étendus, permet chez des patients sélectionnés d'éviter l'anesthésie générale sans pour autant réduire nécessairement le geste à un simple « mini-lifting ».
L'anesthésie générale reste une pratique très fréquente pour le lifting
Il est important de distinguer les mini-liftings et liftings à incision limitée des véritables liftings cervico-faciaux comportant un travail plus étendu des tissus profonds.
Les données américaines illustrent la place importante de l'anesthésie générale. Une analyse portant sur 13 346 patients ayant bénéficié d'un lifting cervico-facial auprès de chirurgiens plasticiens certifiés américains rapporte que 63 % des interventions étaient réalisées sous anesthésie générale.
Une autre enquête nationale menée auprès de chirurgiens membres de l'American Society for Aesthetic Plastic Surgery retrouvait également que la technique la plus fréquemment déclarée était une plicature du SMAS réalisée sous anesthésie générale et en ambulatoire.
Il serait donc inexact d'extrapoler à l'ensemble des liftings les chiffres parfois avancés selon lesquels plus de 80 % seraient réalisés sans anesthésie générale. Ces proportions proviennent notamment d'études consacrées aux liftings à incision limitée, qui constituent une catégorie particulière d'interventions et ne sont pas représentatives de tous les liftings cervico-faciaux.
Un lifting complet peut-il être réalisé sans anesthésie générale ?
Oui. Plusieurs publications montrent aujourd'hui qu'un lifting, y compris avec un travail des plans profonds, peut être effectué sous anesthésie locale associée à une sédation, à condition de disposer d'un protocole adapté, d'une équipe expérimentée et de sélectionner correctement les patients.
C'est précisément l'approche que ce chirurgien a développé dans sa pratique : réaliser le lifting cervico-facial sous neuroleptanalgésie plutôt que systématiquement sous anesthésie générale.
La neuroleptanalgésie associe une anesthésie locale soigneuse des territoires opérés à l'administration intraveineuse de médicaments par l'équipe d'anesthésie. L'objectif est d'obtenir un patient détendu, confortable et correctement analgésié pendant l'intervention, tout en évitant une anesthésie générale lorsque les conditions médicales et chirurgicales le permettent.
Cette possibilité ne doit pas être confondue avec un simple mini-lifting sous anesthésie locale. La stratégie anesthésique et l'étendue du geste chirurgical sont deux questions différentes.

Pourquoi proposer une neuroleptanalgésie ?
L'intérêt principal est de disposer d'une alternative à l'anesthésie générale chez les patients pour lesquels cette stratégie est appropriée.
La littérature consacrée aux liftings sous anesthésie locale, avec ou sans sédation, rapporte leur faisabilité et leur sécurité dans des populations sélectionnées. Une revue récente consacrée spécifiquement à cette approche a identifié 21 études représentant plus de 7 000 interventions. Des séries ont également décrit des liftings sous anesthésie locale avec sédation orale ou intraveineuse.
Cela ne signifie pas que la neuroleptanalgésie soit intrinsèquement supérieure à l'anesthésie générale pour tous les patients. Le choix dépend notamment de l'étendue du geste, de sa durée prévisible, des interventions éventuellement associées, de l'état de santé du patient et de l'évaluation de l'anesthésiste.
Elle permet néanmoins, lorsqu'elle est indiquée, d'éviter une anesthésie générale et d'organiser l'intervention dans un parcours ambulatoire avec une récupération anesthésique généralement rapide.
Une consultation indispensable avant de choisir la technique
Il n'existe pas un lifting adapté à tous les visages. Lors de la consultation, j'analyse notamment le relâchement de l'ovale et des bajoues, l'excès cutané cervical, le platysma, la répartition des volumes graisseux, la qualité et l'élasticité de la peau ainsi que les éventuels gestes complémentaires nécessaires. Cette analyse permet de déterminer l'étendue du lifting et de discuter parallèlement du mode d'anesthésie.
L'objectif n'est pas de tirer simplement sur la peau. Un lifting moderne repose sur le repositionnement des structures profondes afin de restaurer l'ovale et le cou tout en conservant un visage naturel. La peau est ensuite redrapée sans tension excessive.
Des suites essentiellement liées au lifting lui-même
Même réalisée sous neuroleptanalgésie, l'intervention reste une véritable chirurgie.
Un œdème du visage et du cou ainsi que des ecchymoses sont habituels pendant les premiers jours. Leur importance varie selon l'étendue du geste et selon chaque patient. Il est généralement conseillé de dormir avec la tête légèrement surélevée et d'éviter les efforts importants pendant les premières semaines.
Les cicatrices sont placées aussi discrètement que possible dans les zones naturelles autour de l'oreille et, selon la technique employée, dans les cheveux. Elles évoluent ensuite pendant plusieurs mois. La reprise de la vie sociale et professionnelle dépend de l'importance de l'œdème et des ecchymoses et ne doit donc pas être présentée comme une conséquence directe du seul type d'anesthésie.
Une alternative à l'anesthésie générale, et non un lifting « allégé »
Le point essentiel est finalement de dissocier l'importance du geste chirurgical de la profondeur de l'anesthésie.
Aux États-Unis, les grandes séries montrent que l'anesthésie générale demeure très fréquemment utilisée pour le lifting. En France, nous ne disposons pas à ce jour de registre national permettant d'établir précisément la proportion de liftings cervico-faciaux réalisés sous anesthésie générale ou sous neuroleptanalgésie.
Cette pratique consiste à proposer, lorsque le patient et l'intervention s'y prêtent, un véritable lifting cervico-facial sous neuroleptanalgésie, afin d'offrir une alternative à l'anesthésie générale sans réduire pour autant l'intervention à un simple mini-lifting.
Le choix définitif reste individualisé et repose sur la consultation chirurgicale, l'évaluation anesthésique, l'étendue du geste prévu et les caractéristiques propres à chaque patient.
Sources scientifiques
Gupta V et al. Contemporary Analysis of Rhytidectomy Using the Tracking Operations and Outcomes for Plastic Surgeons Database with 13,346 Patients. Plastic and Reconstructive Surgery. 2020.
Ramanadham SR et al. Refining the Anesthesia Management of the Face-Lift Patient: Lessons Learned from 1089 Consecutive Face Lifts. Plastic and Reconstructive Surgery. 2015.
Vitale G, Piereschi S. Facelift under local anaesthesia in outpatient surgery. Annales de Chirurgie Plastique Esthétique. 2017.
Bitar G et al. Facelift Performed Safely With Local Anesthesia and Oral Sedation: Analysis of 174 Patients. Aesthetic Surgery Journal. 2019.
Facelift Surgery Under Local Anesthesia: A Scoping Review of Current Practices and Outcomes. 2026.